I.Introduction et définitions

Le « lobby pharmaceutique« ,« Big Pharma », des mots qui résonnent de temps à autres dans les médias le temps d’un buzz autour d’un scandale de santé publique (par exemple avec l’affaire médiator ).

Arrêtons nous sur la sémantique des termes « lobby pharmaceutique »:

1. « Pharmaceutique» : qui appartient à la pharmacie, c’est à dire à la science des médicaments. Un « lobby » pharmaceutique a donc un lien avec les traitements allant dans le sens d’une meilleur santé pour tous.
2. « Lobby» : son premier synonyme est « groupe de pression ». Aussi un lobby possède-t-il une certaine autorité ou contrepartie pour exercer cette pression. Nous verrons plus tard quels sont les moyens employées par les lobby pour faire entendre leur voix.
Le lobby pharmaceutique est donc un groupe d’entreprises pharmaceutiques qui cherche à influencer les décisions en faveur de ses intérêts: une meilleure santé pour tous via les traitements qu’ils proposent.
Mais quelle influence ont ces entreprises au sein du système productif français par exemple?
Un article de l’association coe-rexecode [1], rédigé notamment par son directeur général et docteur en économie Denis Ferrand, nous donne un aperçu de la place tenue par l’industrie pharmaceutique dans l’économie française. Cette part n’aurait cessé d’augmenter ces 20 dernières années.

L’industrie française du médicament bénéficie d’un fort avantage comparatif et d’un fort potentiel de création d’activités dans un large éventail de secteurs : il est important que ce potentiel bénéficie à plein au système productif et aux régions françaises.

Il est dès lors intéressant de se demander si une compatibilité entre objectifs financiers et sanitaires est possible.
L’exemple des me-too drugs, qui ont pour intérêt de ne rien coûter en recherche et développement mais de rapporter beaucoup, illustre ce dilemme entre servir l’intérêt public en cherchant de meilleurs soins, ou faire tourner cette industrie à la manière d’une simple usine, produisant et reproduisant les mêmes médicaments sous différents noms pour davantage de profits.
Plusieurs facteurs ont permis cette prospérité économique, cet « avantage comparatif » qui fait de nos médicaments un atout concurrentiel sur les marchés étrangers.
Commençons par les dépenses gouvernementales, massivement injectées notamment dans les laboratoires publics de recherche et développement des pays les plus riches [2] , berceaux des innovations.
Quant aux investissements privés, des sociétés comme Pfizer et Amgen ont dépensé plus d’argent pour racheter leurs actions et augmenter leurs prix, que dans leur unité de recherche et développement. C’est donc avant tout grâce aux taxes et impôts, récoltés et investis dans les laboratoires publics, que nos médicaments voient le jour (arguments soutenus dans « The Entrepreneurial State », M.Mazzucato (2014)[3]).
Mazzucato soulève ensuite le problème de « socialisation des risques et privatisation des retombées économiques (profits) ». En effet, les industries pharmaceutiques comme d’autres industries (à tout hasard: les télécoms, l’informatique…) s’arrangent souvent pour capter le plus d’aides gouvernementales et échapper au fisc (plus de détails sur les rouages utilisés dans la vidéo ci-dessous), ce qui créé rapidement une perte énorme pour l’état qui a joué un rôle d’investisseur que seul lui pouvait incarner compte tenu du risque, sans pour autant être capable d’en capter les bénéfices, et de les redistribuer.
On comprend à présent mieux comment l’objectif sanitaire est finalement relégué au second rang face à la maximisation du profit, même dans les industries pharmaceutiques.
Christopher A. Viehbacher (directeur général de Sanofi)

Gagner de l’argent n’est pas un mal en sois, d’autant plus qu’il permet à une entreprise de financer la recherche entre deux découvertes de médicaments. De même, le résultat de cette recherche reste aléatoire, l’entreprise n’est pas certaine que son traitement fonctionne chez l’Homme et qu’il se vende bien après 10 ans d’études.
Pour mieux vous représenter cela je vous propose un schéma récapitulant les principales étapes de fabrication d’un médicament:
Le circuit du médicament
On comprend que l’industrie du médicament doit d’abord obtenir une autorisation pour vendre ses produit, et ce n’est pas elle qui les vend directement au consommateur, le prescripteur est ici un intermédiaire de ce produit de consommation. C’est pourquoi il est tout à fait intéressant pour ces producteurs que les autorités et les prescripteurs aillent dans le même sens que leur stratégie marketing.
Les lobby pharmaceutiques cherchent donc, par définition, à influencer les décisions (politiques ou médicales) en faveur de leurs intérêts, et ont pour cela de nombreux outils à disposition.
Mais…me direz-vous tout interloqués, pourquoi diable s’intéresser à ce groupe de lobbying en particulier? Et bien déjà parce que je suis en médecine et que l’industrie pharmaceutique envahit mes terrains de stages. Et pour vous convaincre de l’intérêt qu’il y a à s’intéresser à ces industries, je vous ai fait une petite liste (LOIN d’être exhaustive) sur les effets néfastes que peuvent avoir leurs choix politiques et économiques.

II.Tour du monde des lobbys et les réactions des Etats


[1]: article de coe-rexecode: ici.

[2]:Données de l’OMS

[3]:Mariana Mazzucato, professeur ès sciences et technologie à l’université de Sussex, s’intéresse entre autres aux industries pharmaceutiques dans son ouvrage de 2014: « The Entrepreuneurial State« , dont vous trouverez les idées principales dans son Ted Talks.

 

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